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GUEST 1

GUEST-Normandie (Groupe Universitaire d’Etudes sur les Séries Télévisées basé en Normandie)

Les séries télévisées : fiction et réalité

Daenerys-braids  Les séries télévisées sont devenues depuis une quinzaine d’années un phénomène esthétique, culturel et social d’ampleur mondiale. Cette mutation historique représente un objet d’étude encore neuf, dont se sont emparés depuis 2009 plusieurs chercheurs des universités de Rouen et du Havre, faisant de la Normandie un véritable pôle moteur à l’échelle nationale en matière de recherche sur les séries télévisées : organisation de trois colloques internationaux (2009, 2011, 2012) et de deux journées d’études (2010, 2012) au Havre et à Rouen, publication d’une quinzaine d’articles dans des revues à comité de lecture auxquels s’ajoutent une trentaine de communications (2009-2012), création de la revue bilingue TV Series, hébergée depuis 2011 par l’Université du Havre.

homelandLe renouveau des séries télévisées suscite un véritable engouement populaire doublé d’un succès critique et politique sans précédent. Que l’on pense aux classiques que sont devenus Six Feet Under, The Sopranos ou The Wire, jusqu’à, actuellement, Homeland, Borgen ou Engrenages, en passant par Lost, Desperate Housewives, 24, les séries s’invitent non seulement dans le quotidien des téléspectateurs mais aussi dans les médias d’actualité, voire dans le discours des responsables politiques. Ces séries, en renouvelant le genre du feuilleton par leur inventivité formelle, leur réflexivité, leur ouverture à des problématiques sociales et politiques non-conventionnelles, offrent, au-delà du divertissement, un espace de réflexion sur des mondes possibles.

En montrant ce qui pourrait être, la série, par sa récurrence même, installe la fiction au cœur de la réalité pour mieux l’interroger. L’interaction complexe que les séries télévisées contemporaines font naître entre fiction et réalité interpelle la recherche en sciences humaines et sociales au-delà du champ des sciences de l’information et de la communication (media studies) : les séries télévisées font désormais l’objet d’études menées par des spécialistes de nombreuses disciplines (études littéraires et filmiques, sciences politiques, géographie, histoire, philosophie, sociologie, etc.).

Les universités de Rouen et du Havre, par leurs activités de recherche interdisciplinaires et leur travail en synergie sur les séries télévisées, ont été pionnières dans l’émergence de ce courant de recherche en France, et se sont constituées en pôle attractif sur les séries télévisées.

revenantsLe projet fédératif que nous proposons se décline en trois sous-projets afin d’explorer les enjeux esthétiques, idéologiques, politiques, sociologiques et culturels que recouvrent les rapports entre fiction et réalité mis en place par les séries contemporaines, qu’elles soient anglophones, françaises, ou scandinaves : un premier sous-projet poursuivra l’analyse de contenus qui a déjà été entamée par les participants, un deuxième sous-projet se consacrera à des études de réception, de perception et d’appropriation sociales, tandis que le troisième sous-projet se chargera de poursuivre le développement des outils de valorisation.

Responsable scientifique :
Sylvaine Bataille, Maître de conférences en études anglophones
ERIAC, UFR Lettres et Sciences Humaines, Université de Rouen, Mont-Saint-Aignan.

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Sous-Projet 1 : Analyses de contenus – Les séries télévisées entre réinvestissement des normes et interrogation critique

L’objectif de ce sous-projet est de poursuivre et d’approfondir les recherches déjà entamées par les participants sur les séries télévisées dans leurs dimensions esthétiques, narratives, idéologiques, politiques, culturelles et éthiques. Il s’agira aussi d’étendre l’analyse de contenus à des séries télévisées autres que les séries américaines, plus souvent étudiées : les séries télévisées anglophones dans leur ensemble, ainsi que les séries françaises et danoises récentes.

Un premier pan de ce sous-projet se consacrera aux représentations sociales construites par les séries : il s’agira de voir comment les séries interrogent les normes, déconstruisent ou recréent éventuellement des stéréotypes, jouent avec les codes esthétiques et narratifs pour véhiculer un discours idéologique souvent complexe, et traversé de contradictions. On explorera :

– Les représentations du politique et du collectif politique : représentation du pouvoir exécutif, notamment de la présidence américaine (recherches sur la mise en scène par les séries américaines d’un état technocratique, de conspirations, mensonges d’état ; sur la mise en scène de présidentes ou de présidents issus de différentes minorités ethniques) ; représentation de la colonisation britannique en Inde/dans la Caraïbe, représentation des diasporas indiennes (en Grande-Bretagne, aux États-Unis, au Canada anglophone).

– Les représentations des espaces du pouvoir, des lieux du quotidien, des relations intérieur/extérieur, des figures du déplacement.

– Les représentations du genre : réflexion sur l’hétéronormativité et le queer (à la fois dans les séries elles-mêmes et les remakes amateurs en vidding) ; problématiques de genre telles que l’avortement dans les séries contemporaines comme Grey’s Anatomy, Desperate Housewives, Six Feet Under, etc.

– Les représentations de la famille et des rôles parentaux (nouveaux modèles de famille ; répartition des tâches et rapports de domination).

– Les représentations de l’interpersonnel social, ethnique, genré : travail sur les normes et les représentations dites de « race, classe et genre » (notamment sur les personnages issus de minorités comme les lesbiennes blanche et latina dans Grey’s Anatomy, les personnages noirs et queer dans The Wire, etc.; représentations des classes sociales)

Ces travaux seront accompagnés d’une réflexion sur les aspects théoriques de l’analyse des contenus (analyse du discours, lectures historiques et culturelles).

Un second pan de la recherche portera quant à lui sur la façon dont les séries télévisées jouent avec les codes esthétiques et les hiérarchies culturelles traditionnelles implicites qui distinguent culture « populaire » et culture « classique », avec tous les enjeux idéologiques que de tels jeux recouvrent.

On s’interrogera notamment sur :

– Les questions de transmédialité, d’intertextualité et de canonicité : les constructions transmédiatiques (foisonnement narratif et dissémination sur d’autres supports médiatiques, webisodes, vidding, etc) ; les questions que soulève l’adaptation d’un film en série, d’un roman/cycle de romans en série, etc. (changement de médium, de rythme narratif, de période, de point(s) de vue); comment les séries adaptées d’œuvres littéraires ou dramatiques contribuent à leur canonisation tout en bénéficiant de leur prestige culturel ; comment les séries, notamment américaines, revisitent le canon littéraire européen (en particulier Shakespeare) et en proposent de nouveaux parcours de lecture.

– La réflexivité des séries actuelles : mise en abyme de la fiction et de la genèse de la série ; inclusion de séquences oniriques qui articulent l’idée de « rêve » et de « scénario possible » ; brouillage des frontières entre « réalité » et « fiction ».

– Les innovations et les renouvellements des séries dans leurs rapports interactifs avec le cinéma.

Parce qu’elles doivent susciter l’adhésion de leur public mais qu’elles ont aussi l’ambition de porter un discours critique sur le réel, les séries télévisées actuelles sont en perpétuelle négociation avec les normes, qu’elles soient d’ordre social (attentes en termes de représentations genrées, par exemple), culturel (hiérarchisation traditionnelle de différentes formes de cultures) ou esthétique (codes filmiques, génériques, narratifs). Il s’agira d’explorer ces tensions entre réinvestissement rassurant et familier des normes et subversion déstabilisante et stimulante des codes.

Responsable :

Donna Andréolle, PR, GRIC, Université du Havre

L’équipe réunira des chercheurs de disciplines variées (études culturelles, études filmiques, géographie, histoire, sociologie) titulaires des Universités de Rouen, Le Havre, Caen ainsi que d’universités parisiennes et du Grand Ouest. Elle comprendra en outre des étudiants inscrits en master et en doctorat.


Sous-Projet 2 : Études de réception – Les discours des fictions télévisuelles à l’épreuve de la réalité

Ce sous-projet se donne deux objectifs : mener une réflexion sur les méthodes de l’étude de réception des séries télévisées, et utiliser ces réflexions pour produire des résultats sur l’impact sociopolitique des représentations de la réalité par la fiction.

Un premier axe s’interrogera sur la nature et l’ampleur de la socialisation par les fictions télévisuelles, et en particulier sur la place du genre dans le cadre de la famille (travail qui fera pendant à l’analyse de la représentation des rôles parentaux menée dans le sous-projet 1). Un deuxième axe s’intéressera à des problématiques géographiques : réception des séries américaines dans le monde et « spatialités reçues » par les publics.

Il s’agira de tester différentes méthodes d’analyse de la réception des séries : constitution d’un panel de répondants et d’un protocole d’enquête à partir de savoirs venus des sciences sociales, collecte d’impressions après le visionnage d’une séquence ; analyse du discours médiatique sur les séries depuis des bases de données, les sites de critiques ou des sites de fans.

Le sous-projet 2 se conçoit comme un projet innovant et exploratoire sur le plan méthodologique. Il présente en outre l’originalité de s’inscrire dans un champ, l’étude de réception des séries télévisées, encore peu développé en France au regard des études sur la production et des analyses de contenu.

PROBLÉMATIQUES :

Axe 1. On interrogera la nature et l’ampleur de la socialisation par les fictions télévisuelles. Les enquêtes de réception permettront de travailler les hypothèses suivantes :

– Les séries ont élargi le champ du dicible et du pensable. Elles ont opéré un déplacement du champ des représentations et des discours à l’endroit des personnes et des situations du monde. En énonçant et en rendant visibles un certain nombre de comportements, de contenus de pensée, de situations humaines ordinaires ou collectives, elles ont stupéfait et transgressé.

L’enquête pourra être menée auprès d’amateurs de séries télévisées hommes et femmes âgés de 40 à 50 ans, ou de 20 à 25 ans.

– Pour le travail sur l’impact sociopolitique sur les spectateurs des représentations des rôles parentaux dans les séries contemporaines en termes de parité homme/femme, on partira plutôt de l’hypothèse que les séries contemporaines étudiées, malgré leur tonalité progressiste et émancipée, s’appuient sur une vision hétéronormée des rôles parentaux et, ce faisant, renforcent auprès de leur public les structures traditionnelles de pouvoir marquées par l’asymétrie de genre (aux femmes la sphère domestique et le « care », aux hommes l’extra-domestique et le « faire »).

Axe 2. On s’intéressera à :

– la réception des séries américaines dans le monde : comment le discours de ces séries est-il reçu en fonction des contextes nationaux ? Comment contribue-t-il, ou non, à l’exercice du soft power ?

On propose d’examiner comment les séries télévisées états-uniennes sont reçues et commentées par les médias d’actualité, notamment les grands titres de la presse internationale francophone et anglophone.

Le succès international des séries télévisées états-uniennes est devenu un phénomène de société qui suscite un intérêt croissant. Au-delà de l’annonce des programmes TV (horaires, résumés), les journaux publient aujourd’hui de nombreux articles dans lesquels ils formulent des jugements esthétiques et s’interrogent sur la signification du succès d’audience ou sur l’engouement critique que suscite telle ou telle série. Ce faisant, les médias interviennent comme des prescripteurs d’opinion qui structurent et configurent la réception collective des séries dans les pays où elles sont diffusées. Le discours médiatique utilise alors les œuvres de fiction télévisée comme des outils de réflexivité sociale, utiles pour interroger et problématiser le réel, qu’il s’agisse de reprendre ou de se détacher des normes et du discours exprimés par les créateurs de séries.

Cette perspective permet de questionner sous un jour nouveau l’idée selon laquelle la diffusion internationale des œuvres de fiction serait un élément constitutif du soft power du pays qui les produit, en particulier pour les États-Unis. L’hypothèse d’une influence directe des séries sur les opinions publiques mérite en effet d’être prise avec précaution, notamment car la perception des messages collectifs demeure contrainte par des cadres sociaux d’interprétation souvent très hétérogènes, eux-mêmes conditionnés par les contextes de réception.

– aux « spatialités reçues » par les publics : que reste-il des contenus géographiques d’une série ? Afin de cerner les constructions spatiales et territoriales par les séries du point de vue des spectateurs, on travaillera sur deux sources : les cartes mentales spectatorielles et les blogs de fans.

Responsable :

Peter Marquis, MCF, ERIAC, Université de Rouen.
L’équipe, multi-site, comprendra des chercheurs de disciplines variées (sociologie, géographie, études culturelles, etc.)


Sous-Projet 3 : Outils de valorisation

L’objectif de ce sous-projet est, d’une part, de développer, à l’aide de moyens financiers accrus, les outils de valorisation que nous avons déjà pu constituer pour favoriser l’accès aux travaux accomplis par ou sous l’impulsion des universitaires normands sur les séries télévisées, et, d’autre part, de mettre en place de nouveaux outils de valorisation.

Le projet GUEST-Normandie ambitionne de combiner une haute exigence scientifique et une démarche pragmatique visant une large diffusion des savoirs universitaires grâce à un objet dont la popularité est déjà acquise et qui suscite l’adhésion et l’enthousiasme du grand public. Non seulement des manifestations spécifiquement destinées au grand public seront organisées, mais les journées thématiques du sous-projet 1 seront ouvertes à tous. La revue TV/Series, disponible gratuitement en ligne, s’inscrit également dans une telle démarche de large diffusion des recherches. Nous souhaitons également faciliter l’accès aux séries télévisées (sous format DVD) ainsi qu’aux ouvrages consacrés aux séries en organisant l’archivage en Bibliothèque Universitaire des livres et revues qui nous aurons servi dans le cadre du programme GUEST pour réaliser les tâches des sous-projets 1 et 2. Un tel fonds sera non seulement utile à nos étudiants de master et de doctorat qui travaillent sur les séries, mais il ne manquera pas non plus d’éveiller ou de favoriser l’intérêt pour les séries en tant qu’objet d’étude.

Responsable :
Sarah Hatchuel, PR, GRIC, Université du Havre.
L’équipe est pluri-disciplinaire et constituée de chercheurs des universités normandes travaillant en collaboration avec des chercheurs d’autres universités au sein de la revue TV/Series, dans le cadre de la diffusion auprès du grand public et des médias, ou encore autour d’un projet d’ouvrage collectif.

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